Un changement dans la connectivité cérébrale révèle un risque précoce d’Alzheimer
Des chercheurs ont observé un phénomène intrigant chez des personnes âgées en bonne santé cognitive : un glissement dans la manière dont leur cerveau relie ses différentes zones. Ce changement, caractérisé par une diminution des connexions locales et une augmentation des connexions lointaines, pourrait indiquer un risque précoce de développer la maladie d’Alzheimer.
L’étude a porté sur 86 adultes âgés de 65 à 80 ans, tous cognitivement normaux. Les participants ont subi des examens d’imagerie cérébrale et des analyses sanguines pour détecter des marqueurs associés à la maladie. Parmi eux, certains présentaient des dépôts d’amyloïde, une protéine liée à Alzheimer, ou étaient porteurs du gène APOE4, connu pour augmenter le risque de la maladie.
Les résultats montrent que les personnes avec des dépôts d’amyloïde ou porteuses du gène APOE4 ont une connectivité locale réduite dans une région du cerveau appelée le cortex frontal inférieur. En revanche, leur connectivité lointaine est plus forte dans des zones comme l’aire motrice supérieure, le gyrus frontal inférieur et l’insula antérieure. Ces zones jouent un rôle clé dans des fonctions cognitives comme l’attention, le contrôle des mouvements et la régulation des émotions.
Un autre marqueur sanguin, la chaîne légère de neurofilament, a également révélé des liens avec la connectivité cérébrale. Les participants avec des niveaux élevés de ce marqueur, qui signale des dommages aux neurones, présentaient une connectivité locale plus faible dans des régions comme l’insula et le cortex cingulaire. En parallèle, leur connectivité lointaine était accrue dans des zones comme le précunéus, le putamen et le thalamus, toutes impliquées dans des processus cognitifs essentiels.
Ce glissement entre une connectivité locale affaiblie et une connectivité lointaine renforcée pourrait refléter une tentative du cerveau de compenser les premières atteintes liées à la maladie. Cependant, cette réorganisation pourrait aussi indiquer une perte de spécialisation des réseaux neuronaux, ce qui, à long terme, pourrait nuire aux performances cognitives. En effet, les chercheurs ont remarqué que ces changements dans la connectivité lointaine étaient associés à de moins bons résultats dans des tests de mémoire, de vitesse de traitement et de fonctions exécutives.
Ces observations suggèrent que la manière dont le cerveau s’organise et communique pourrait être un indicateur précoce de la vulnérabilité à la maladie d’Alzheimer, bien avant l’apparition des premiers symptômes. Ce type de marqueur fonctionnel pourrait, à l’avenir, aider à identifier les personnes à risque et à suivre l’évolution de la maladie de manière non invasive.
Attributions légales
Citation de l’étude
DOI : https://doi.org/10.1007/s11357-026-02333-5
Titre : A local-to-distant shift in dynamic brain connectivity marks early Alzheimer’s risk
Revue : GeroScience
Éditeur : Springer Science and Business Media LLC
Auteurs : Andrea Coca-Pulido; Patricio Solis-Urra; Oren Contreras-Rodríguez; Carles Biarnés; Marcos Olvera-Rojas; Shivangi Jain; Anuradha Sehrawat; Yijun Chen; Yolanda García-Rivero; Manuel Gomez-Rio; Kirk I. Erickson; Jose Mora-Gonzalez; Irene Esteban-Cornejo